
La Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS) passe un cap important dans la lutte contre la fièvre de Lassa, une maladie hémorragique virale qui continue de menacer des millions de personnes en Afrique de l’Ouest. À l’occasion de la Conférence internationale ELFIC 2025, tenue du 8 au 11 septembre 2025 à Abidjan, chercheurs, décideurs et partenaires internationaux ont posé les bases d’une réponse plus coordonnée et durable.
Endémique dans plusieurs pays de la région, notamment le Nigeria, la Sierra Leone, le Libéria et la Guinée, la fièvre de Lassa s’étend désormais au Bénin, au Togo et au Ghana. Transmise principalement par des rongeurs infectés, elle peut également se propager entre humains, en particulier dans les structures de soins. Chaque année, entre 100 000 et 300 000 infections sont recensées, avec un taux de létalité pouvant atteindre 20 % chez les patients hospitalisés.
Face à cette menace persistante, ELFIC 2025 a permis de dresser un bilan sans complaisance. Les systèmes de surveillance restent fragiles, les capacités de diagnostic encore trop centralisées, et les pratiques de prévention inégales. Dans les zones rurales, les retards de détection et le manque de confiance envers les structures sanitaires compliquent davantage la riposte.
Mais la conférence a aussi été le théâtre d’avancées notables. Des progrès significatifs ont été présentés en matière de diagnostic rapide, de traitements et de recherche vaccinale. L’intégration de la surveillance génomique et des outils numériques a été identifiée comme un levier clé pour améliorer la détection précoce des cas. La décentralisation des laboratoires, en rapprochant les services des communautés, apparaît également comme une priorité stratégique.
Le moment fort de la rencontre reste l’adoption d’un communiqué conjoint des ministres de la Santé de la CEDEAO. Ceux-ci ont validé un mécanisme de cofinancement régional pour accélérer le développement d’un vaccin contre la fièvre de Lassa. Une décision qui marque un tournant, traduisant une volonté politique d’investir durablement dans des solutions concrètes.
Au-delà des annonces, l’OOAS insiste sur la nécessité d’une mise en œuvre effective. Le renforcement des capacités de première ligne, l’engagement communautaire et la mobilisation continue de financements sont indispensables pour transformer les engagements en résultats tangibles.
ELFIC 2025 aura ainsi démontré que la lutte contre la fièvre de Lassa ne peut se limiter à des avancées scientifiques isolées. Elle exige une réponse collective, intégrant coordination régionale, innovation et volonté politique.
Pour l’OOAS, l’enjeu est de faire de cette dynamique un levier durable pour la sécurité sanitaire en Afrique de l’Ouest.
Dans une région marquée par la mobilité des populations et l’interdépendance économique, une épidémie locale peut rapidement devenir une crise régionale.
Plus que jamais, la fièvre de Lassa apparaît comme un test grandeur nature pour la coopération sanitaire. Et l’OOAS entend bien transformer l’essai.







