Avec 7 099 milliards de FCFA d’actifs et 8,6 % de parts de marché à fin 2025, Coris Bank International devient, à égalité avec Ecobank, le premier groupe bancaire de l’UEMOA. Une consécration pour le groupe fondé par Idrissa Nassa, dont l’ascension repose autant sur sa croissance organique que sur une stratégie d’expansion et d’acquisitions.

Coris Bank International change de dimension. En moins de deux décennies, le groupe bancaire né au Burkina Faso s’est hissé au sommet du marché bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), partageant désormais la première place avec Ecobank en termes d’actifs.

À fin 2025, le bilan consolidé de Coris atteint 7 099 milliards de FCFA, soit 8,6 % des actifs bancaires de l’Union. Le groupe conserve ainsi la même part de marché qu’en 2024, mais son bilan a progressé de 14,3 % en un an, passant de 6 213 à 7 099 milliards de FCFA. Une progression quasiment alignée sur celle de l’ensemble du secteur bancaire de l’UEMOA, dont les actifs ont augmenté de 14,1 % sur la même période.

Cette performance propulse Coris de la troisième à la première place, à égalité avec Ecobank. Le changement de hiérarchie tient toutefois autant à la progression de Coris qu’au ralentissement de plusieurs de ses concurrents historiques.

Ecobank résiste, Société Générale décroche

En 2024, Ecobank dominait encore le classement avec 9,3 % des actifs bancaires de l’UEMOA, devant Société Générale, à 8,6 %, et Coris Bank International, également à 8,6 %.

Un an plus tard, la situation a profondément évolué. Ecobank conserve certes sa position de leader ex æquo, mais la croissance de ses actifs s’est limitée à 5,6 %, portant son bilan à environ 7 098 milliards de FCFA. Sa part de marché recule ainsi de 0,7 point.

Le recul est beaucoup plus marqué pour Société Générale. Le groupe français, deuxième acteur bancaire de l’Union en 2024, tombe à la troisième place avec 7 % des actifs, contre 8,6 % un an plus tôt. Il perd ainsi 1,6 point de part de marché, dans un contexte de désengagement progressif du continent africain.

Dans l’UEMOA, cette stratégie s’est notamment traduite par la cession de la filiale burkinabè de Société Générale au groupe Vista en 2025. Le groupe français ne compte désormais plus que quatre implantations dans l’Union, contre cinq auparavant.

Malgré ce recul en matière d’actifs, Société Générale conserve une forte capacité bénéficiaire. Le groupe représente encore 12 % des bénéfices du secteur bancaire de l’UEMOA, derrière Ecobank, à 15,1 %, mais devant Coris Bank International, dont la contribution atteint désormais 9,2 %.

Coris Bank International ne se contente plus de grossir

La montée en puissance de Coris ne se résume pas à un effet mécanique de classement. Plusieurs indicateurs témoignent d’un renforcement réel de son poids dans le système bancaire régional.

La contribution du groupe aux bénéfices du secteur est passée de 8,1 % en 2024 à 9,2 % en 2025. Son réseau commercial s’est également densifié. Coris représente désormais 5,6 % des guichets bancaires de l’Union, contre 5,1 % un an auparavant. Sa part des distributeurs automatiques de billets est passée de 5,3 % à 5,9 %.

Cette progression traduit la volonté du groupe d’étendre simultanément ses actifs, son réseau et sa présence commerciale sur plusieurs marchés de l’UEMOA.

La Côte d’Ivoire constitue notamment l’un des principaux moteurs de cette expansion. Après avoir repris en 2024 le portefeuille de banque de détail de Standard Chartered, Coris Bank International Côte d’Ivoire a vu son bilan progresser de 23,7 % en 2025, pour atteindre 1 324 milliards de FCFA.

La dynamique est également soutenue au Sénégal, où les actifs du groupe progressent de 20 %, et au Niger, avec une hausse de 22,3 %.

Au Burkina Faso, son marché historique, Coris affiche 2 808 milliards de FCFA d’actifs. La banque y conserve une position particulièrement importante et figure désormais comme la quatrième banque de l’Union lorsqu’on considère les établissements individuellement.

Le pari d’Idrissa Nassa

Derrière cette ascension se trouve une stratégie portée depuis près de deux décennies par Idrissa Nassa, fondateur et figure centrale de Coris Bank International.

Issu d’un environnement familial marqué par le commerce, l’entrepreneur burkinabè a progressivement construit un groupe financier dont le centre de gravité demeure à Ouagadougou, mais dont l’ambition dépasse désormais largement les frontières du Burkina Faso.

La trajectoire de Coris illustre ainsi l’émergence d’un nouveau type de groupe bancaire africain : un acteur construit à partir d’un marché national, qui se développe ensuite à l’échelle régionale par l’ouverture de filiales, la croissance organique et les acquisitions.

La performance enregistrée en 2025 constitue à cet égard une étape symbolique. Coris n’est plus seulement une banque burkinabè devenue régionale. Le groupe s’affirme désormais comme l’un des principaux pôles de pouvoir bancaire de l’Afrique de l’Ouest.

Les acquisitions comme accélérateur de croissance

Pour maintenir cette dynamique, Coris mise fortement sur les opérations de croissance externe.
Le groupe a déjà repris l’ancienne filiale de Société Générale au Tchad ainsi que Banco Comercial do Atlântico (BCA) au Cap-Vert. Ces opérations élargissent son périmètre au-delà de l’UEMOA et traduisent une volonté claire de construire un groupe bancaire panafricain.

En octobre 2025, un consortium d’investisseurs internationaux a par ailleurs injecté 100 millions d’euros de fonds propres dans Coris afin d’accompagner son développement et de financer de nouvelles acquisitions.

Cette opération renforce les capacités financières du groupe au moment où celui-ci aborde une nouvelle phase de son développement.

Après avoir consolidé sa position dans l’Ouest africain, Coris regarde désormais vers l’Afrique centrale. Le Cameroun, le Gabon et la Centrafrique figurent notamment parmi les marchés identifiés pour de futures opérations d’expansion.

L’objectif apparaît donc plus vaste que la conquête du sommet de l’UEMOA : il s’agit désormais de bâtir une véritable plateforme bancaire africaine capable de rivaliser avec les grandes franchises panafricaines.

Les groupes d’Afrique centrale restent encore en retrait

Cette ambition intervient alors que plusieurs groupes originaires d’Afrique centrale cherchent eux aussi à renforcer leur présence dans l’espace UEMOA, avec un poids encore limité.

BGFIBank, premier groupe bancaire d’Afrique centrale présent dans l’Union, occupe le 13e rang avec environ 2,2 % des actifs bancaires en 2025, contre 2,3 % en 2024. Le groupe gabonais compte trois implantations dans l’UEMOA.

Afriland First Group progresse légèrement, sa part passant de 0,3 % à 0,4 %, avec une présence limitée à la Côte d’Ivoire.

Quant à BANGE, groupe originaire de Guinée équatoriale, sa part reste marginale, autour de 0,1 % des actifs de l’Union.
Ces positions montrent l’avance encore considérable prise par les groupes déjà fortement implantés dans l’espace ouest-africain.

Les banques marocaines également sous pression

Coris profite aussi d’une recomposition plus large du paysage bancaire régional.
Les trois grands réseaux marocains présents dans l’UEMOA ont eux aussi vu leur poids relatif diminuer. Bank of Africa représente désormais environ 6,3 % des actifs, tandis qu’Atlantic Business International et Attijariwafa bank se situent chacun autour de 5,8 %.

Le nouveau classement traduit donc une double évolution notamment, la montée en puissance des groupes bancaires africains à fort ancrage régional et le recul relatif de certaines grandes franchises internationales ou panafricaines.

Un leadership à confirmer

Accéder à la première place est une chose. La conserver en est une autre.
Pour Coris, le défi des prochaines années sera de transformer cette position de leader ex æquo en avantage durable. La poursuite de la croissance impliquera davantage de capital, une gouvernance plus sophistiquée et une capacité accrue à gérer des filiales implantées dans des environnements économiques et réglementaires différents.

L’expansion en Afrique centrale constituera notamment un test majeur. Les marchés ciblés présentent des caractéristiques différentes de celles de l’UEMOA, qu’il s’agisse de la réglementation, de la concurrence bancaire, des habitudes des clients ou encore de la structure des économies.

À mesure que son périmètre s’élargit, Coris devra également préserver la qualité de ses actifs, sa rentabilité et sa capacité à intégrer efficacement les établissements acquis.

De Ouagadougou au sommet régional

L’ascension de Coris Bank International dépasse ainsi le simple fait statistique. Elle raconte une transformation du paysage financier ouest-africain.

Qu’un groupe bancaire construit au Burkina Faso puisse désormais afficher un bilan de 7 099 milliards de FCFA et regarder Ecobank dans les yeux au sommet de l’UEMOA constitue un signal fort sur l’évolution des centres de pouvoir économique du continent.

La réussite d’Idrissa Nassa illustre surtout l’émergence de capitaux et d’entrepreneurs africains capables de bâtir, depuis leurs marchés domestiques, des institutions financières à vocation régionale.

Coris a franchi une étape historique. Avec 8,6 % des actifs bancaires de l’UEMOA, une contribution croissante aux bénéfices du secteur, un réseau qui s’étend et une stratégie d’acquisitions soutenue par de nouveaux capitaux, le groupe dispose désormais des moyens de poursuivre son offensive.

Le sommet de l’UEMOA n’est donc peut-être pas l’aboutissement de l’histoire de Coris Bank International, mais le début d’un nouveau chapitre. Celui d’un groupe né à Ouagadougou qui ambitionne désormais de compter parmi les grandes banques panafricaines.

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