L’extradition de l’ancien chef de la transition burkinabè, Paul-Henri Sandaogo Damiba, de Lomé vers Ouagadougou le 17 janvier dernier continue de susciter de vives réactions dans la sous-région. Abidjan figure parmi les capitales les plus critiques de ce transfert, que les autorités ivoiriennes jugent préoccupant dans un contexte de relations déjà tendues entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Pour le pouvoir ivoirien, cette extradition dépasse le seul cas Damiba. Elle créerait, selon lui, un précédent dangereux en matière de poursuites contre d’anciens dirigeants politiques ou activistes contraints à l’exil, notamment lorsque les demandes émanent de pays de l’AES.
Une lecture qui interroge cependant, au regard d’un précédent bien connu, l’extradition en 2012 de Lida Kouassi Moïse, proche de l’ex-président Laurent Gbagbo, à la demande expresse des autorités ivoiriennes.
À l’époque, en pleine période de consolidation du pouvoir post-crise, Abidjan avait obtenu de Lomé le transfert de Lida Kouassi, réfugié au Togo après la crise post-électorale de 2010-2011, qui avait fait plus de 3 000 morts et conduit à la chute du régime Gbagbo.
Les autorités ivoiriennes justifiaient cette demande par des impératifs de sécurité nationale.
Selon l’acte d’accusation, « dans le courant du mois de février 2012, la Direction de la surveillance du territoire (DST) recevait une information faisant état de la préparation d’un projet de déstabilisation du régime du président Alassane Ouattara par des officiers de l’armée en exil au Ghana, constitués en une plate-forme militaire, avec l’implication de certains civils et hommes politiques proches de l’ex-président de la République ».
Dans ce contexte, Lomé avait procédé à l’extradition de Lida Kouassi en juin 2012, au motif qu’il se livrait à des « activités subversives ».
Treize ans plus tard, la fermeté affichée par Abidjan face à l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba contraste avec sa propre pratique passée. Pour plusieurs observateurs, cette divergence de posture révèle moins une opposition de principe aux extraditions politiques qu’une lecture variable des règles, selon les intérêts stratégiques du moment.
Alors que les équilibres diplomatiques ouest-africains sont profondément recomposés par l’émergence de l’AES et l’affaiblissement des cadres régionaux traditionnels, l’affaire Damiba, comme celle de Lida Kouassi hier, pose une question centrale. Les considérations de sécurité nationale peuvent-elles continuer à primer sur une doctrine cohérente et partagée en matière de droit d’asile et d’extradition politique dans la sous-région ?
Une interrogation d’autant plus sensible que, d’Abidjan à Ouagadougou, les lignes de fracture politiques d’hier continuent de peser sur les décisions d’aujourd’hui.







