
La réflexion sur les grandes mutations économiques et géopolitiques mondiales a pris une dimension particulière vendredi 10 avril 2026 à l’Université de Lomé. À l’occasion de la remise des diplômes de la troisième promotion du Master en Économie du Développement, parcours Gouvernance des Organisations pour le Développement International (GODI), l’UL en partenariat avec l’Université Grenoble Alpes (UGA), a organisé une conférence académique réunissant chercheurs, étudiants et acteurs du développement.
Une cérémonie académique à forte portée symbolique
Organisé à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG), l’événement a rassemblé un public diversifié en présence du professeur Edinam Kola, représentant le président de l’université qui a consacré des étudiants notamment, Adjoli Paakoum, Ali Amadou Adama, Ayewu Kodjovi, Essessi Émile Crédo Komi, Gnakou-Alayé Pékéti, N’fa Gnams Mathieu.

Au-delà du caractère solennel, cette cérémonie a illustré la montée en puissance d’un programme académique qui attire de plus en plus de candidats.
Un programme tourné vers l’action et la recherche
Le Master GODI se distingue par sa double vocation, former à la fois des praticiens du développement et des chercheurs capables d’analyser les transformations économiques globales. Avec ses deux options Économie politique du développement et Gestion de projets internationaux, il prépare les diplômés à intégrer aussi bien les organisations internationales que les institutions publiques, les ONG ou encore les cabinets de conseil.
Ce programme repose sur un modèle pédagogique intégré, combinant expertise locale et savoir-faire international. Les enseignants-chercheurs de Lomé et de Grenoble assurent conjointement les cours, offrant ainsi une formation ancrée dans les réalités africaines tout en restant ouverte aux dynamiques globales.
Géopolitique, commerce et développement : des débats au cœur de l’actualité
Trois grandes conférences ont structuré la journée, abordant des thématiques majeures pour l’avenir du continent africain.
Le professeur Jean-François Ponsot de l’UGA a analysé la géopolitique du dollar, mettant en lumière les tensions autour du système monétaire international. Il a notamment évoqué la volonté des États-Unis de maintenir leur suprématie monétaire face à des puissances émergentes comme la Chine, qui promeut l’internationalisation du yuan dans une logique de dédollarisation.
De son côté, le Dr Tchapo Gbandi de l’Université de Lomé a présenté ses travaux sur les liens entre commerce et démocratie en Afrique subsaharienne. Selon lui, le développement des exportations de produits manufacturés constitue un levier essentiel pour renforcer les institutions démocratiques.
Enfin, le professeur Koffi Sodokin a abordé les impacts des tensions géopolitiques sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), soulignant que les crises internationales récentes ont fait reculer de plusieurs années les progrès enregistrés en Afrique.
Des diplômés conscients des enjeux du monde
Le discours des récipiendaires, est porté par Ali Amadou Adama, qui, a donné une dimension profondément humaine et engagée à l’événement. Elle a insisté sur la rigueur intellectuelle exigée par la formation et sur la nécessité de dépasser les certitudes pour analyser les réalités économiques avec lucidité.
Pour elle, le parcours GODI dépasse le simple cadre académique. « Ce n’est pas un ensemble de théories, mais une grille de lecture du monde, un outil pour comprendre et agir dans un environnement complexe. »
Elle a également appelé à repenser les modèles économiques africains et à nourrir des ambitions fortes pour le continent, évoquant notamment la question d’une monnaie africaine comme levier de souveraineté économique.
Dans le même esprit, Adjoli Paakoum, également diplômé, a souligné la difficulté mais aussi la richesse du parcours, marqué par un équilibre exigeant entre vie professionnelle, familiale et académique. Il a affirmé la volonté des diplômés de mettre leurs compétences au service des politiques publiques et du développement.
Une coopération académique stratégique
Le partenariat entre l’Université de Lomé et l’Université Grenoble Alpes apparaît aujourd’hui comme un modèle de coopération réussie. Il permet aux étudiants togolais de bénéficier d’un diplôme international sans quitter leur pays, tout en accédant à des enseignements de haut niveau.
Selon le professeur Ponsot, ce dispositif constitue une véritable filière délocalisée, offrant aux étudiants une formation équivalente à celle dispensée en France.
Une ambition pour l’avenir
Après trois promotions, le Master GODI s’impose comme un programme stratégique pour la formation de cadres capables de répondre aux défis du développement en Afrique. Il incarne une vision, celle d’une université engagée dans la transformation économique et sociale du continent.
Entre réflexions géopolitiques, exigences académiques et ambitions professionnelles, cette cérémonie aura confirmé une chose, « à Lomé, la formation ne se limite plus à transmettre des connaissances, elle prépare à comprendre le monde et à le transformer.»







