Entre 2 500 et 4 000 morsures de serpents sont officiellement enregistrées chaque année au Togo. Derrière ces chiffres se cachent des décès, des handicaps et de lourdes conséquences sociales pour les victimes. À l’occasion de la première célébration au Togo de la Journée internationale de sensibilisation aux morsures de serpents, le ministère de la Santé appelle à renforcer la prévention, le recours précoce aux soins et la disponibilité des sérums antivenimeux.

Le Togo entend donner un coup d’accélérateur à la lutte contre les envenimations par morsures de serpents. À l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux morsures de serpents, célébrée le 19 septembre, le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances a organisé, mercredi 23 septembre 2026 à Lomé, une conférence de presse consacrée à cette problématique.

Placée sous le thème « Les incapacités dues aux envenimations par morsures de serpents », cette première célébration au Togo vise notamment à renforcer la communication autour d’un problème de santé publique qui touche particulièrement les populations rurales.

JUSQU’À 5 000 CAS SELON LES ESTIMATIONS

Les chiffres disponibles donnent la mesure du phénomène. Le Togo enregistre officiellement entre 2 500 et 4 000 morsures de serpents chaque année. Selon Gnossike Piham, coordonnateur du Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées (PNMTN), les données hospitalières font état d’environ 3 500 cas, tandis que le nombre réel pourrait atteindre 5 000 cas.

Cette différence s’explique notamment par le fait que les statistiques reposent essentiellement sur les données recueillies dans les formations sanitaires. Une partie des cas pourrait ainsi échapper au système de surveillance.

Les populations les plus exposées sont celles qui vivent ou travaillent dans les zones à risque, notamment les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et chasseurs, mais aussi les femmes et les enfants.

Des morsures qui peuvent laisser des séquelles à vie

Les envenimations ne se limitent pas aux douleurs provoquées par la morsure. Elles peuvent entraîner des décès, des incapacités physiques et des handicaps permanents. Les victimes et leurs familles peuvent également subir d’importantes conséquences psychologiques, sociales et économiques.

Les données du PNMTN montrent toutefois une évolution contrastée. Le Togo a enregistré 3 357 cas d’envenimations par morsures de serpents en 2024, contre 3 043 en 2025, avec une létalité d’environ 1,20 %.

Sur la période 2020-2025, une augmentation de 414 cas est relevée. Les personnes âgées de 15 ans et plus, notamment les hommes, constituent la catégorie la plus touchée.

Le nombre de décès a, pour sa part, diminué entre 2020 et 2024, passant de 61 à 30, avant de remonter à 36 décès en 2025.

Dix districts sanitaires répartis dans trois régions, Kara, Centrale et Plateaux ont enregistré chacun plus de 500 cas cumulés sur la période 2020-2025.

« Une morsure de serpent est une urgence médicale »

Au cours de la conférence de presse, Dr WOTOBE Kokou, Secrétaire général intervenant au nom du ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, Jean-Marie Koffi Ewonoule TESSI, a insisté sur la nécessité d’une prise en charge rapide.

« Une morsure de serpent est une urgence médicale », a-t-il rappelé, invitant toute personne victime d’une morsure à se rendre sans délai dans la formation sanitaire la plus proche.

Le responsable a également attiré l’attention sur les conséquences du recours tardif aux soins et aux pratiques traditionnelles inappropriées. Les scarifications, garrots, incisions, succion directe de la plaie, applications de produits traditionnels ou utilisation de la “pierre noire” sont notamment déconseillés.

Pour Gnossike Piham, la première attitude consiste à calmer la victime et éviter qu’elle s’agite, avant de l’acheminer rapidement vers un centre de santé. L’objectif est de réduire les risques de complications et de permettre une prise en charge médicale adaptée.

L’antivenin reste au cœur de la riposte

Face au problème, le Gouvernement a engagé plusieurs mesures pour améliorer l’accès au traitement.

L’État subventionne notamment les sérums antivenimeux (SAV). Une ampoule est ainsi proposée à 15 000 FCFA, contre un coût annoncé de 45 000 FCFA, afin de réduire la barrière financière à l’accès au traitement.

La gestion des sérums antivenimeux est assurée par la CAMEG, qui approvisionne les formations sanitaires, avec également l’intervention de certaines pharmacies.

Mais malgré cette subvention, un problème demeure : les ruptures de stocks de sérums antivenimeux persistent. Leur disponibilité permanente constitue donc l’un des principaux défis pour améliorer davantage la prise en charge des victimes.

Le ministère mise également sur le renforcement des compétences des personnels médicaux et paramédicaux, ainsi que sur la diffusion du Guide national de prise en charge, destiné à harmoniser les pratiques dans les districts sanitaires.

La prévention, première arme

Pour les autorités sanitaires, la réduction des morsures passe aussi par des gestes simples.

Dans les zones à risque, il est recommandé de porter des chaussures fermées et des vêtements protecteurs, notamment pendant les travaux agricoles. L’utilisation d’une lampe lors des déplacements nocturnes est également préconisée.

Les populations sont par ailleurs invitées à maintenir les habitations et leurs alentours propres, dégagés et débarrassés des broussailles pouvant constituer des refuges pour les serpents.

En cas de morsure, le message des autorités est clair : ne pas perdre de temps avec des traitements improvisés et rejoindre immédiatement une structure sanitaire.

Le Togo dans la cible mondiale de l’OMS

Cette mobilisation s’inscrit dans la stratégie mondiale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui vise à réduire de moitié d’ici 2030 les décès et les incapacités imputables aux morsures de serpents.

L’OMS a inscrit depuis 2017 les envenimations par morsures de serpents parmi les maladies tropicales négligées prioritaires.

Selon le PNMTN, les efforts engagés sur le terrain commencent à produire des résultats, notamment avec la baisse de la mortalité parmi les cas pris en charge dans les structures sanitaires. Mais beaucoup reste à faire, particulièrement en matière de disponibilité des antivenins et de sensibilisation des populations.

Les médias appelés à jouer leur rôle

Pour Dr WOTOBE Kokou, les médias constituent un maillon essentiel de cette lutte. Leur mission est de faire parvenir les messages de prévention aux populations exposées, y compris dans les zones rurales les plus reculées.

Il appelle ainsi les professionnels de santé, collectivités locales, leaders communautaires, organisations de la société civile, médias et enseignants à s’impliquer davantage dans la sensibilisation.

L’objectif est de faire de cette journée non pas une action ponctuelle, mais le point de départ d’une communication continue sur les risques liés aux morsures de serpents.

Car au-delà des chiffres, l’enjeu est humain. Éviter les décès, prévenir les handicaps et permettre aux victimes d’accéder rapidement à des soins de qualité.

Face à une morsure de serpent, le bon réflexe peut sauver une vie, garder son calme, éviter les gestes dangereux et rejoindre immédiatement une structure sanitaire.

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