Le braconnage, la destruction de l’habitat des espèces et le trafic des produits dérivés des espèces sauvages protégées en voie d’extinction, ne sont pas les seuls responsables de la destruction des espèces sauvages protégées. Les feux de brousse sont aussi les causes néfastes de la destruction des espèces que ce soit animales ou végétales, surtout que les espèces ne sont pas en mesure de résister aux flammes, perturbant ainsi les chaînes alimentaires et les équilibres écologiques locaux.

Ces feux de brousse déclenchés parfois suite aux activités imprudentes ou criminelles des hommes ou même par la foudre, peuvent aussi entraîner la destruction des habitats naturels, la perte de la biodiversité, la dégradation de la qualité de l’air, ainsi que les risques pour la vie humaine et les infrastructures.

Qu’ils soient accidentels ou intentionnels, les feux de brousse font partie intégrante des facteurs déterminants qui contribuent à la dégradation des ressources naturelles en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Au Togo, la saison des feux a démarré en novembre pour atteindre son maximum en janvier, mais la détection a été pratiquement stable pendant les mois de décembre et janvier. Cependant, les mois de novembre et décembre ont enregistré moins de feux que la moyenne des cinq dernières années.

Il suffit de traverser le Togo du nord au Sud pour voir l’ampleur des feux de brousse. Il reste difficile d’observer assez longtemps une zone touffue d’arbres, car d’immenses parcelles de champs sont brûlées pour la chasse du gibier. Des feux de brousse, généralement intentionnels, emportant chaque année des milliers d’arbres, des cultures et même des vies humaines. En cette période, le pays reste menacé par les feux de brousse, provoqués par les premiers agriculteurs qui utilisent des méthodes agricoles traditionnelles et par les éleveurs à la recherche de nouveaux pâturages. Ces feux de brousse déclenchent aussi la période de la chasse. Du coup, les espèces sauvages protégées tant animales que végétales sont menacées.

Les effets que produisent les feux de brousse sur les ressources naturelles, notamment la végétation, le sol et la biodiversité varient selon les périodes. En effet, s’ils sont allumés juste à la fin de la saison pluvieuse, l’herbe n’est pas complètement sèche et le sol garde une certaine humidité par endroit. Ce taux d’humidité réduit l’efficacité des flammes et par là même l’étendue des surfaces brulées. Ce type de feux est dit précoce. Il est également moins destructeur. En revanche, le feu déclenché pendant la période de janvier à avril est plus destructeur, produit de hautes flammes et est considéré comme dévastateur à la fois pour les espèces sauvages protégées et pour la végétation. Ces feux concernent aussi souvent des étendues plus grandes.

Durant la saison 2023/2024, toute l’Afrique de l’Ouest a été soumise à des feux de brousse plus ou moins intenses depuis le Sénégal jusqu’au sud du Tchad. La tendance des feux actifs au cours de la saison précédente dans l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel a néanmoins baissé de 2% par rapport à la moyenne dans des 5 dernières années.

Chaque année, des millions d’animaux sont morts ou ont été dispersés dans les feux de brousse qui ont balayé l’Afrique de l’ouest, selon le rapport de WWF. Outre la quête du gibier, notamment les rats et agoutis qui s’abritent souvent dans les terriers dont ils ne sortent que sous la menace du feu, la culture sur brûlis, les feux de brousse menacent également les espèces sauvages protégées dont les éléphants, les panthères, les oiseaux et autres espèces sauvages protégées. Même certaines espèces végétales sont victimes de ces feux criminels.

Les espèces en danger critique d’extinction, pourraient être anéanties car les incendies ravagent l’habitat essentiel de certaines faunes. Les espèces menacées, telles que certains oiseaux, tout comme les pangolins sont également confrontées à de réels risques d’extinction dans de grandes parties de leur aire de répartition.

Selon le dernier rapport de WWF, en Afrique de l’Ouest, il est difficile de donner des chiffres exacts comme ce fut le cas de l’Australie où les feux de brousse ont tué près de de trois milliards d’animaux entre 2019 et 2020. Mais, des millions d’animaux, dont font partie les espèces sauvages protégées, sont tués chaque année en Afrique de l’ouest, suite aux récurrents incendies. Les habitats des espèces se détruisent aussi au cours des incendies qui ravages des centaines de milliers d’hectares.

Au cours des feux de brousse, certaines espèces restent vulnérables à l’exposition par inhalation à la fumée et aussi leur physiologie et métabolisme entrent également en compte. Les oiseaux, par exemple, disposent de systèmes respiratoires très efficaces grâce à des structures pulmonaires plus fines, ce qui leur permet d’absorber l’oxygène à la fois en inspirant et en expirant. Par conséquent, les toxines présentes dans l’air pénètrent plus facilement dans leur organisme, les rendant ainsi plus vulnérables à l’ensemble des types de pollution atmosphérique, et notamment la fumée. Même les espèces marines protégées sont victimes des feux de brousse.

Les baleines, dauphins et autres cétacés sont également très sensibles à la fumée. Ils échangent jusqu’à 80 % de l’air présent dans leurs poumons à chaque respiration. Chez les humains, ce chiffre avoisine les 20 %. Ces mammifères marins ne possèdent pas de structures protectrices, comme les sinus et le mucus, pour filtrer les particules.

Comme chez les humains, l’inhalation de fumée se traduit chez les animaux par une respiration difficile, rapide ou sifflante, des halètements, de la toux et des écoulements au niveau des naseaux ou des narines. L’inhalation de monoxyde de carbone peut provoquer confusion, hébétement, et entraîner la mort des espèces animales. Les particules peuvent aussi pénétrer en profondeur dans les poumons et ainsi déclencher une réaction immunitaire et une inflammation de longue durée, qui nuisent à la santé respiratoire et cardiovasculaire en inhibant le système immunitaire et en empêchant l’autoréparation des cellules.

  • Au Togo

Le phénomène des feux de végétation est récurrent. Il suffit de longer la nationale pour constater une dégradation constante de la végétation par les feux de brousses sauvages. Pourtant, la lutte contre les feux de végétation reste au centre des préoccupations du MERF. Selon le Directeur préfectoral de l’environnement et des ressources forestières de Zio, le capitaine AKPLA Yao, les données de la campagne 2022-2023 révèlent que près de 20,41 % du territoire ont été affectés par les feux, provoqués par des causes multiples.

« Les principales causes incluent les feux de chasse, les feux de récolte de miel sauvage, les feux de culture en début et en fin de saisons agricoles ainsi que les feux déclenchés par les éleveurs pour provoquer la repousse de la végétation », a-t-il expliqué tout en soulignant que l’impact des feux criminels et accidentels, souvent dus à l’imprudence des fumeurs, des carbonisateurs ou encore des voyageurs qui abandonnent des foyers mal éteints.
Il a aussi ajouté que l’utilisation du feu par les chasseurs comme moyen de chasse est particulièrement préoccupante, dans la mesure où, ces derniers en mettant le feu pour débusquer leur gibier, abandonnent souvent l’incendie, qui devient incontrôlable et ravage la végétation alentour.

Pour lutter contre les feux incontrôlés, plusieurs dispositions réglementaires ont été mises en place, notamment le Décret n°74-160 du 17 octobre 1974 relatif aux modalités d’organisation de lutte contre les feux de brousse et instituant les feux précoces ; la loi n°2008-09 du 19 juin 2008 portant code forestier, notamment en ses articles 64 et 124, renforcés par les articles 792 et 793 du nouveau Code pénal. Ces textes prévoient des sanctions à l’encontre des contrevenants.

Cependant, l’application de ces lois reste un défi. « Il est crucial que les populations soient sensibilisées pour éviter des conflits avec la loi et prévenir les désastres liés aux feux incontrôlés. Nous utilisons des canaux comme la radio pour toucher un large public et nous menons des campagnes de proximité auprès des autorités locales, des communautés, des élèves et des chefs traditionnels », a-t-il précisé, avant d’appeler à la responsabilité collective.

Les feux de brousse ont donc des conséquences graves sur l’environnement et la santé humaine. Ils entraînent la déforestation, le dérèglement climatique, la dégradation de la santé humaine ainsi que la destruction de la biodiversité. Les feux de forêt sont de plus en plus fréquents étant donné les changements climatiques qui favorisent des températures plus élevées et la sécheresse à plusieurs endroits du globe. La fumée des feux de forêt produit des particules fines et ultrafines qui peuvent parcourir jusqu’à 1000 kilomètres et affecter la santé des populations à distance
Ce qui est moins évident, c’est la manière dont le comportement des animaux change en réponse à la fumée. Comme chez les humains, celle-ci est désagréable pour la plupart des animaux.

Outre les difficultés respiratoires qu’elle inflige, la fumée complique également la perception à la fois visuelle et olfactive de la nourriture, qu’il s’agisse de proies ou de fleurs. En présence des feux de brousse, les primates subissent de grandes dégradations respiratoires et leur habitat détruit de même que leurs surfaces nutritionnelles.

Les efforts visant à protéger la faune contre les incendies de forêt comprennent une sensibilisation accrue aux écosystèmes locaux, des enquêtes proactives sur la population et le soutien aux efforts de conservation locaux. Lors d’incendies de forêt, il est essentiel de fournir un espace permettant à la faune de fuir, de garder les animaux en laisse ou à l’intérieur pour éviter les conflits et de contacter les autorités pour obtenir de l’aide en cas d’animaux sauvages blessés. Le feu de brousse est souvent perçu comme un facteur de dégradation et un risque majeur, et à ce titre une contrainte environnementale pour la nature et les sociétés.

Dans certaines circonstances, le feu de brousse peut affecter des enjeux très diverses : la végétation et la faune, mais aussi les cultures, les sols, les habitations. Il peut donc être potentiellement dommageable pour les hommes et leurs activités. La nature du feu, sa finalité ainsi que la période de mise à feu pourrait avoir des incidences sur le degré de pertes et de dommages consécutifs à son déroulement. S’ils sont souvent perçus comme un risque majeur pour la végétation et une contrainte environnementale, les feux de brousse correspondent aussi à une pratique socio-culturelle, faisant entièrement partie de l’environnement en milieu de savane.

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