À l’ère de la précision scientifique, la représentation cartographique globale fait l’objet d’un plaidoyer majeur. Portée par l’Union africaine et le Togo, l’initiative «Correct The Map» appelle à abandonner la projection de Mercator au profit de modèles plus fidèles à la réalité des superficies terrestres. Un enjeu qui dépasse la simple géographie pour devenir un véritable impératif pédagogique et politique.
Dans le domaine de la cartographie, l’évidence est parfois trompeuse. Pendant des siècles, la projection de Mercator a dominé les salles de classe, les manuels scolaires et les bureaux officiels à travers le globe. Pourtant, ce modèle, conçu pour la navigation maritime au XVIe siècle, présente des distorsions majeures : il dilate les zones proches des pôles et contracte celles situées près de l’équateur, rendant par exemple l’Europe et le Groenland démesurément vastes par rapport au continent africain.
C’est pour corriger cette illusion d’optique à l’échelle planétaire qu’est née l’initiative « Correct The Map ». Plus qu’une simple démarche technique, ce projet se définit comme un engagement en faveur de la vérité scientifique et d’une justice représentative.
Une vision au service de l’humanité
À l’origine de cette dynamique, on trouve le professeur Robert Dussey, dont les mots résonnent comme le mantra du mouvement : « Cette lutte n’est contre personne. Elle n’est contre aucun État, elle n’est contre aucune personne. C’est une lutte pour l’humanité, c’est une lutte pour la science. »
En récusant toute forme de polémique frontale, le Professeur Dussey place le débat sur le terrain de la rigueur intellectuelle. Il s’agit moins de pointer du doigt une erreur historique que de proposer une mise à jour nécessaire de notre outil cognitif collectif : la carte.
La projection EqualEarth, un nouvel étalon
Au cœur du projet, la promotion d’alternatives techniques, notamment la projection EqualEarth. Contrairement à son aînée Mercator, cette projection préserve les rapports de surface, offrant une vue du monde où les continents conservent leurs proportions réelles.
Pourquoi est-ce fondamental ? Parce qu’une carte n’est jamais neutre. Elle façonne la perception que les élèves ont des espaces géopolitiques et, par ricochet, leur appréhension du poids des régions dans les dynamiques mondiales. « L’enjeu dépasse l’Afrique, insistent les promoteurs de l’initiative. Il concerne notre manière de représenter le monde, de l’enseigner et de le transmettre aux générations futures. »
Un plaidoyer pour les Nations unies
Soutenue diplomatiquement par le Togo et portée par l’ambition de l’Union africaine, «Correct The Map» a franchi les frontières du continent africain pour investir l’arène internationale. Le mouvement s’organise désormais pour porter ce plaidoyer devant les Nations unies.
L’objectif est de transformer les recommandations scientifiques en norme internationale dans les outils pédagogiques et institutionnels. À l’heure où les faits scientifiques s’imposent dans tous les secteurs de la société, les porteurs de ce projet rappellent que la cartographie, en tant que reflet de notre planète, doit impérativement évoluer.
Si la carte de demain parvient à mieux refléter la réalité physique du monde, elle ne fera pas que corriger un tracé géographique ; elle contribuera, peut-être, à une perception plus juste, plus humble et plus égalitaire de notre maison commune.









