Le Togo s’impose sur un terrain aussi symbolique que stratégique. Au nom de l’Union africaine, Lomé a porté aux Nations Unies une résolution visant à corriger les biais des représentations cartographiques mondiales. Adopté par 164 voix, le texte veut notamment redonner à l’Afrique sa véritable dimension sur les cartes du monde.

Derrière ce qui pourrait apparaître comme une question purement technique se joue en réalité un débat beaucoup plus profond sur la manière dont les cartes influencent la perception que les sociétés ont du monde. La résolution, intitulée « Corriger la carte : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique », remet en cause les effets de certaines projections cartographiques largement utilisées à travers le monde.

Le Togo porte la voix de l’Afrique à l’ONU

En portant cette initiative au nom de l’Union africaine, le Togo place la question de la représentation de l’Afrique au cœur de l’agenda multilatéral.

Pour Lomé, il ne s’agit pas simplement de modifier l’apparence des cartes. Il s’agit surtout de corriger une représentation qui, pendant des décennies, a contribué à donner une image déformée des superficies réelles des continents.

La célèbre projection de Mercator est particulièrement concernée. Mise au point à l’origine pour faciliter la navigation, cette projection présente des déformations importantes des superficies, notamment à mesure que l’on se rapproche des pôles. Les territoires situés aux hautes latitudes apparaissent ainsi beaucoup plus grands qu’ils ne le sont réellement, tandis que les régions proches de l’équateur peuvent sembler visuellement réduites.

L’Afrique est directement concernée par ce phénomène.

Une Afrique souvent sous-estimée sur les cartes

Avec plus de 30 millions de kilomètres carrés, l’Afrique est le deuxième plus vaste continent de la planète. Pourtant, sur certaines cartes utilisant des projections conventionnelles, son étendue paraît nettement inférieure à sa superficie réelle.

Cette distorsion visuelle n’est pas sans conséquence, selon les Nations Unies. La résolution adoptée reconnaît que les représentations disproportionnées du monde peuvent avoir des effets cognitifs, éducatifs, culturels, géopolitiques et socioéconomiques.

Autrement dit, la carte ne serait pas seulement un instrument permettant de localiser un pays ou un continent. Elle participe également à la construction des représentations collectives.

À force de voir certaines régions apparaître plus grandes qu’elles ne le sont réellement et d’autres plus petites, les perceptions peuvent progressivement s’éloigner de la réalité géographique.

C’est précisément cette situation que le texte soutenu par le Togo entend contribuer à corriger.

Equal Earth, une alternative mise en avant

Pour parvenir à une représentation plus fidèle des superficies, l’Assemblée générale encourage le recours à des projections équivalentes, dont Equal Earth.

Cette projection a été conçue pour mieux respecter les proportions réelles des superficies continentales. Elle permet ainsi de visualiser les différentes régions du monde dans des proportions plus proches de leur réalité géographique.

La résolution recommande son utilisation dans les domaines où la fidélité des superficies revêt une importance particulière, notamment l’éducation, les institutions, les activités socioéconomiques et les médias.

Les États membres sont également encouragés à intégrer ces représentations dans leurs outils pédagogiques, administratifs et numériques.

L’objectif est de faire évoluer progressivement les habitudes cartographiques et permettre aux nouvelles générations d’avoir une lecture plus exacte des dimensions respectives des continents.

Une victoire pour l’exactitude, selon Robert Dussey

Pour le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, l’adoption de la résolution constitue une avancée majeure.

« L’adoption d’aujourd’hui est une victoire pour l’exactitude, et pour chaque enfant qui grandira désormais en voyant la véritable place de l’Afrique dans le monde », a déclaré le chef de la diplomatie togolaise.

Robert Dussey insiste également sur la dimension continentale de cette initiative. Selon lui, cette résolution ne doit pas être considérée comme la victoire d’un seul pays, mais comme celle de l’ensemble de l’Afrique.

« Cette résolution appartient à l’Union africaine tout entière », a-t-il estimé.

Le ministre a par ailleurs revendiqué avec fierté le rôle joué par son pays dans le processus. « Le Togo est fier de l’avoir portée aux Nations Unies », a-t-il souligné.

Au-delà d’une carte, une question de perception

La portée de cette résolution dépasse donc largement le cadre de la cartographie.

Les cartes sont utilisées partout : dans les écoles, les manuels scolaires, les médias, les administrations, les plateformes numériques ou encore les outils de géolocalisation. Elles constituent souvent la première représentation que les enfants se font de la planète.

Modifier la manière de représenter les superficies revient donc aussi à agir sur les perceptions.

La résolution encourage, dans ce sens, un enseignement plus critique de la cartographie, afin que les utilisateurs comprennent qu’une carte du monde n’est jamais une reproduction parfaitement neutre de la réalité. Chaque projection répond à des choix techniques et implique nécessairement certaines déformations.

L’enjeu consiste dès lors à choisir la représentation la plus pertinente en fonction de l’objectif recherché.

Le Togo veut contribuer à changer les standards

L’adoption du texte ouvre désormais la voie à un dialogue renforcé entre les États, les organisations internationales, les institutions éducatives et les plateformes technologiques.

L’ambition est de favoriser l’émergence de standards cartographiques plus équilibrés et de renforcer les capacités des pays en matière de données géospatiales.

Pour le Togo, cette démarche constitue également une nouvelle illustration de son engagement dans les débats multilatéraux portant sur la place et la représentation du continent africain.

En mettant la cartographie au centre de la discussion, Lomé cherche à faire comprendre qu’une représentation plus fidèle de l’Afrique participe aussi à une meilleure compréhension de son poids géographique réel.

Lomé veut « corriger la carte »

L’initiative portée par le Togo au nom de l’Union africaine repose finalement sur une idée simple : une carte n’est jamais neutre dans ses effets.

Corriger certaines distorsions ne signifie pas effacer l’histoire de la cartographie ni condamner toutes les utilisations de la projection de Mercator. Il s’agit plutôt d’encourager des représentations adaptées aux objectifs poursuivis et, lorsque la comparaison des superficies est essentielle, de privilégier des projections plus fidèles.

Avec l’adoption de cette résolution par 164 voix, le Togo a réussi à transformer une question technique en un véritable sujet de débat international.

Pour Lomé, « corriger la carte » revient désormais à corriger aussi certaines perceptions du monde.

Et au cœur de cette nouvelle représentation, l’Afrique entend bien reprendre la place que sa superficie réelle lui confère.

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