KIJAIN, Art Contemporain a organisé samedi 24 janvier 2026 à Lomé, un Talk Show artistique avec l’artiste plasticien Kossi Assou. Pensé comme un espace d’échange direct, ouvert et interactif, ce format a permis de rapprocher l’artiste de son public, de favoriser une meilleure compréhension de son parcours, de sa démarche artistique et des thématiques qui traversent son œuvre.
L’événement a permis d’encourager le dialogue, la réflexion critique et l’inspiration artistique, tout en offrant aux participants des clés de lecture essentielles pour appréhender les œuvres exposées.
Un public engagé, au-delà du cercle artistique

Pour Kossi Assou, ce moment fut marqué par une implication sincère et profonde du public. « On sent un public averti. Ce qui m’accroche davantage, c’est la présence de personnes qui ne sont pas forcément liées à l’art, mais qui, par leurs spécialités et leurs regards, ont apporté des éléments de compréhension précieux de l’univers artistique et de la figure de l’artiste. »

Cette diversité a confirmé une réalité essentielle. L’art ne se limite pas à un milieu fermé. Il traverse les vies, touche les émotions, influence les choix, les désirs et les perceptions du quotidien. Le talk show a ainsi révélé une véritable envie collective d’être autour de l’art, d’en parler et d’en ressentir l’impact.
Une œuvre ancrée dans l’ancestralité et la culture vodou
L’univers artistique de Kossi Assou puise profondément dans son identité. Ouatchi par son père et Guin par sa mère, l’artiste revendique pleinement son héritage animiste, notamment la culture vodou, qu’il considère comme un moteur créatif fondamental.
« Tout mon art rend hommage à cet ancestralisme qui nous porte et qui nous alimente. »
Cette filiation spirituelle et culturelle irrigue ses œuvres, nourries par un respect profond pour la nature, le monde végétal, minéral et animal, ainsi que pour l’existence dans toute sa complexité.
« Obsession » : une exposition comme miroir intérieur
Intitulée Obsession, l’exposition interroge les préoccupations intimes et universelles qui habitent chaque être humain. L’artiste explore les multiples formes de l’obsession à savoir, l’intranquillité de l’eau, les enjeux environnementaux, les relations humaines, les questionnements existentiels, la sensibilité émotionnelle et spirituelle.
Chaque œuvre devient une invitation à sonder ces tensions intérieures, à travers la matière, la texture et le temps.
Parmi les œuvres exposées on a, Intranquilité pélagique (2025), Jute – 350 × 275 × 8 cm ; Procession initiatique (2018), bois, tôles, végétaux, toiles et encres – 122 × 122 × 6 cm ; Jute (2025), 250 × 133 × 3 cm ; Géomancique (2025), Jute – 150 × 133 × 3 cm ; Géomancique (2018), bois, toiles et teintes – 122 × 41 × 8 cm.
L’art comme langage et nécessité humaine
Pour Kossi Assou, avant de parler d’art contemporain, il est essentiel de revenir à la définition même de l’art. L’art n’est pas seulement ce qui est beau. Il donne forme à l’invisible. Il est un langage fait de matières, de gestes, de couleurs, de silences. Depuis les grottes préhistoriques jusqu’aux installations contemporaines, l’art accompagne l’humanité comme une affirmation essentielle, « J’existe. Je ressens. Je me souviens. Je crois. Je rêve. »

L’art contemporain, quant à lui, dialogue avec notre époque. Il questionne, dérange parfois, déplace le regard et invite à percevoir le monde autrement.
L’art, un espace de respiration et de partage
Dans un monde rapide et productiviste, l’art devient un espace de respiration. Il apprend la nuance, l’empathie, la complexité. Il n’est pas réservé aux musées ou aux élites. Il est présent dans nos maisons, nos vêtements, nos musiques, nos gestes quotidiens.
L’art est également un lieu de partage. Chaque spectateur complète l’œuvre par son regard, son vécu, sa mémoire. Dans une exposition, des inconnus se rencontrent sans parler la même langue, unis par une expérience sensible commune.
Art, spiritualité et cité
Dans les cultures africaines, l’art est indissociable du sacré. Il relie l’humain aux ancêtres, à la nature et à l’invisible. Pour Kossi Assou, créer relève presque du rituel. Un acte de connexion avec le temps, la mémoire et la terre.
L’art dans la cité est tout aussi essentiel. Une ville sans art est une ville sans âme. Fresques, sculptures et installations transforment l’espace public en lieu de mémoire, de dialogue et de rêve.
Rester humain
À travers Obsession, Kossi Assou ne donne pas de réponses. Il pose des questions. Il invite à ralentir, à regarder autrement, à ressentir avec le corps autant qu’avec les yeux.
« Si vous ressentez quelque chose, même un trouble, alors l’art a fait son travail. » Car au fond, l’art sert à une chose essentielle, rester humain, sensible et vivant intérieurement.








