Face aux attentes pressantes des populations et aux difficultés de mobilisation des ressources locales, l’acteur de la société civile Kayo Lètou plaide pour des budgets territoriaux réalistes, transparents et axés sur les besoins prioritaires, avec un accompagnement accru de l’État.
Les collectivités territoriales togolaises sont appelées à franchir un cap décisif dans la gestion de leurs finances publiques en 2027. À la suite de la Lettre n° 1694 du ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, portant orientations générales sur l’élaboration et l’exécution des budgets des collectivités territoriales pour l’exercice 2027, Kayo Lètou, consultant en gouvernance locale, en politique de développement et en résolution des conflits communautaires, insiste sur une exigence majeure : transformer les orientations budgétaires en réalisations concrètes au bénéfice des populations.
Pour cet acteur de la société civile, les Conseils régionaux et municipaux, particulièrement les maires, doivent faire des prochains budgets des instruments efficaces d’amélioration des conditions de vie. L’accès aux soins de santé, à l’eau potable, à des infrastructures scolaires adéquates, à des routes praticables et à des marchés aménagés figure parmi les priorités qui méritent une attention particulière.
Au-delà des intentions affichées, l’enjeu est donc de parvenir à des investissements utiles, visibles et durables, répondant aux préoccupations quotidiennes des citoyens.
Des budgets fondés sur les besoins réels des populations
La Lettre n° 1694 met en avant plusieurs principes essentiels pour une gouvernance locale plus inclusive et plus efficace. Son point 7 encourage l’association des Comités de développement à la base (CDQ/CVD), des organisations de la société civile et des autres acteurs locaux à l’élaboration et à l’exécution des budgets. Le point 22 invite les communes à prévoir les ressources nécessaires au fonctionnement du Bureau du Citoyen. Quant aux points 25, 26 et 27, ils soulignent notamment l’importance de l’autofinancement du développement local, des investissements sociaux et de l’affectation des ressources d’investissement aux besoins prioritaires.
Pour Kayo Lètou, ces orientations doivent désormais se traduire par des choix budgétaires cohérents, réalistes et mesurables. Il s’agit notamment de recenser les besoins des communautés, de hiérarchiser les projets en fonction de leur urgence et de leur impact social, puis de programmer leur réalisation en tenant compte des compétences des collectivités et des ressources effectivement disponibles.
Les investissements dans la santé, l’hydraulique, l’éducation, l’assainissement, les infrastructures routières et les marchés doivent ainsi faire l’objet d’une planification rigoureuse. L’objectif est d’éviter la dispersion des ressources et de privilégier les projets susceptibles d’améliorer directement les conditions de vie des populations.
L’État appelé à renforcer son accompagnement
Si la mobilisation des ressources propres demeure indispensable au financement du développement local, elle se heurte à des contraintes économiques et sociales importantes. Les difficultés rencontrées par les ménages et les acteurs économiques limitent leur capacité contributive et compliquent les efforts de mobilisation des recettes locales.
Dans ces conditions, estime Kayo Lètou, les communes et les régions ne peuvent être tenues de répondre seules à l’ensemble des attentes des populations. La réussite de la décentralisation nécessite également une solidarité nationale effective et un engagement conséquent de l’État.
Cet accompagnement devrait notamment se traduire par la mise à disposition effective et prévisible des dotations destinées aux collectivités territoriales, à travers les mécanismes de financement applicables, notamment le Fonds d’appui aux collectivités territoriales (FACT).
L’appui de l’État devrait également porter sur la préparation et le chiffrage des projets, la recherche de financements complémentaires, la maîtrise des procédures de passation des marchés publics ainsi que le suivi de la qualité des infrastructures réalisées.
Le renforcement des capacités des élus locaux et des agents territoriaux constitue également un levier essentiel. Une meilleure maîtrise de la gestion budgétaire, de la planification et de la reddition des comptes permettrait aux collectivités d’améliorer l’utilisation des ressources publiques et la durabilité des investissements.
Pour Kayo Lètou, le transfert des responsabilités aux collectivités doit s’accompagner de moyens humains, techniques et financiers adaptés.
Des recommandations pour passer des engagements aux résultats
Afin de donner une portée concrète aux orientations budgétaires de 2027, Kayo Lètou formule plusieurs recommandations à l’endroit des collectivités territoriales, de l’État, de la société civile et des populations.
Aux Conseils régionaux et municipaux, particulièrement aux maires, il recommande d’établir un état précis des besoins prioritaires de chaque territoire, en concertation avec les populations, les Bureaux du Citoyen, les CDQ/CVD et les organisations de la société civile.
Il préconise également la publication d’une liste des projets prioritaires précisant, pour chaque investissement, le coût estimatif, les sources de financement envisagées, le calendrier de réalisation et les bénéficiaires attendus. Une telle démarche favoriserait la transparence et permettrait aux citoyens de mieux apprécier les choix opérés par leurs responsables locaux.
Il appelle, par ailleurs, les collectivités à prévoir les ressources nécessaires au fonctionnement des Bureaux du Citoyen, à renforcer les cadres de concertation et à publier régulièrement des informations sur l’état d’avancement des projets, les ressources mobilisées et les dépenses engagées.
L’amélioration du recouvrement des recettes locales figure également parmi les priorités. Toutefois, cette démarche doit reposer sur la transparence, la simplification des procédures et l’amélioration des services rendus, sans alourdir indûment les difficultés économiques des populations.
À l’endroit de l’État et des ministères concernés, Kayo Lètou recommande une meilleure prévisibilité des dotations, un renforcement de l’assistance technique et un accompagnement prioritaire des collectivités disposant de faibles ressources propres. Cet appui devrait s’appuyer sur des critères objectifs tenant compte des besoins sociaux, des capacités financières et des inégalités territoriales.
Il insiste aussi sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les ministères sectoriels et les collectivités territoriales afin d’éviter les doublons et d’assurer une complémentarité entre les investissements locaux et les programmes nationaux de développement.
Société civile et citoyens : des acteurs incontournables
La réussite des budgets locaux ne dépend pas uniquement des élus et de l’administration. La société civile et les citoyens ont également un rôle déterminant à jouer dans le processus budgétaire.
Kayo Lètou les invite à participer activement aux débats d’orientation budgétaire, à exprimer les besoins réels des communautés et à contribuer au Contrôle citoyen de l’action publique (CCAP).
Ce suivi citoyen doit permettre d’apprécier l’état d’avancement des projets, la qualité des ouvrages et l’utilisation des ressources publiques, dans une démarche constructive fondée sur la transparence et la responsabilité.
Le civisme fiscal et la reddition des comptes doivent également être encouragés, dans le respect des droits et des obligations de chacun. Pour l’acteur de la société civile, la participation citoyenne ne doit pas se limiter à la formulation des besoins. Elle doit aussi accompagner le suivi des engagements et l’évaluation des résultats.
2027, une année décisive pour la décentralisation
Au-delà de la préparation et du vote des budgets, l’exercice 2027 représente une occasion de renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions locales. Cette confiance dépendra notamment de la capacité des collectivités à apporter des réponses visibles aux préoccupations des populations et à rendre compte de l’utilisation des ressources publiques.
Le développement local ne saurait reposer exclusivement sur les capacités contributives de populations confrontées à de multiples difficultés. Il exige une gestion rigoureuse des finances publiques, une solidarité nationale effective et une coopération constructive entre l’État, les collectivités territoriales et la société civile.
L’appel de Kayo Lètou est donc sans équivoque : chaque collectivité doit se doter de priorités réalistes et mesurables, l’État doit apporter l’appui technique et financier nécessaire, et les citoyens doivent être associés à toutes les étapes du processus budgétaire.
En définitive, la réussite des budgets 2027 ne se mesurera pas seulement aux montants votés, mais surtout aux infrastructures réalisées, aux services publics améliorés et aux changements concrets apportés à la vie des populations. Pour les collectivités territoriales togolaises, le véritable défi est désormais de passer des orientations aux actions et des engagements aux résultats durables.








